Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 22:36

 

J'ai toujours été fan de Lilian Thuram, ce célèbre défenseur de l'équipe de France championne du monde en 1998. Ce latéral droit aux folles enjambées sur le terrain. Celui qui n'a marqué que deux buts dans sa carrières, tous les deux, en demi-finale de la coupe du monde le 8 juillet 1998 ! 

Tout le monde se souvient, de la pose qu'il avait pris sur le terrain après son second but : Genoux à terre, buste droit, regard au loin, l'index et le pouce droit posés sur son menton... façon James Bond, ou peut-être plutôt Malcolm X. Parce que oui, en dehors du terrain, armé de ses lunettes d'intello et portant fièrement sa culture, son histoire et sa couleur,  il ressemblait à un de ces enfants retrouvés de Malcolm.

J'ai toujours aimé le joueur, et le bonhomme, sur le terrain, comme en dehors : combattant, intègre, droit, et juste. Ceux qui me connaissent un peu savent bien que je n'ai jamais vraiment goûté l'histoire des chants patriotiques chantés à pleins poumons. Et, pour le coup, le Lillian, il y allait franco sur la marseillaise avant chaque rencontre. Et pourtant, même là, je le kiffais.

Il chantait tellement faux ! tellement fort ! c'était un massacre !!! Il s'époummonnait, il donnait de sa personne, et, je l'avoue, c'était à chaque fois un pur moment de bonheur et de fou-rire pour le téléspectateur assidu que j'étais. Et je n'étais certainement pas le seul. D'ailleurs, je ne voudrais pas créer de discordes entre anciens camarades de jeu, mais si vous pouvez revisionner les images à l'occasion, vous verrez bien des fois, au moment des hymnes, certains de ses collègues s'empêchant de rire ou faisant mine de se boucher les oreilles.

Bref, quand j'ai appris hier que Thuram était en Palestine, près de Ramallah, pour inaugurer le stade international de EL-Bireh. J'ai, une fois de plus, été fier de lui, et, en même temps, je n'ai pas été surpris. Toujours fidèle à lui-même : combattant, intègre, droit, et juste.

Alors, certains diront : "ce n'est que du football". oui, certes, mais le Football, comme la musique, sont autant de signes de vie. Et, d'ailleurs, hier, devant ma télé, en voyant les images de thuram à El-Bireh, je suis retombé quatre ans en arrière.

En ce mois de juin 2007, avec mes camarades saltimbanks du Ministère des Affaires Populaires, nous étions en Palestine, pour un concert au Pied du Mur, dans le camps de réfugiés d'Aïda. Ce jour là, nous avions été accueillis, une sacrée équipes de minots qui devaient avoir entre dix et quatorze ans, des étoiles dans les yeux, et un ballon dans les mains de leur capitaine.

 Aujourd’hui encore, je me souviens de leur visage, je me souviens même de leurs noms : Zidane, Ronaldinho, Kaka… Ils se disputaient sur ce qui semblait être le centre absolu de leurs pré-occupations quotidiennes : « qui du Milan AC, du Real de Madrid ou de Barcelone est la meilleur équipe ? ».

Et comme nous étions là, ils en profitaient pour essayer de trouver des alliés de circonstance, des arbitres. J’avoue qu’à l ‘époque, de ces trois clubs, le real Madrid avait ma préférence. Mais, sur le coup, je n’ai pas osé me fâcher avec un bon tiers des gamins du camps. A ce moment j’ai fait preuve d’une grande lâcheté, je l’avoue ! J’apprenais à ma façon la diplomatie géo-politique ;-)

J’ai même essayé de jouer au petit soldat de l’onu en leur disant que c’étaient les trois meilleures équipes au monde… A égalité ! Mais rien n’y faisait, je devais choisir. Alors, prenant mon courage à deux mains, j’ai fini par leur dire la vérité en face, les yeux dans les yeux ! « D’après moi, la meilleure équipe au monde, c'est évidemment… L’Olympique de Marseille ! L'équipe des années 90, biensûr !!!  ». Pour le coup, là je m’étais fâché avec tous. Premier grand échec diplomatique de ma toute jeune carrière. Je les revois encore, incrédules, déçus, et dépités. J'avais beau leur parler enthousiaste, de Waddle, Papin, Cantona, Carlos Mozer, Abedi Pelé... Je sentais bien que quelque chose venait de se casser entre nous.

Et, très vite, ils m'ont laissé seul, abandonné à ma douce nostalgie marseillaise et s’en sont allés chercher un autre avis, moins farfelu, auprès d’un de mes amis saltimbanques.

Nous avons fini par regler ce léger differend autour... d'un match de foot, évidemment. Et, en guise de troisième mi-temps, nous avons fêté la victoire de l'équipe locale par un concert familial sous le soleil.

Juste après ces moments de bonheur partagé, après les photos, signatures, échanges de sourires et de remerciements ; juste avant notre départ, un des minots vient vers moi, et, me montre le mur de son index, ce mur que j'avais déjà oublié. Puis il me dit :  « you… you break the wall !? ».

Comme un coup sur la nuque, comme un retour brutal à la triste réalité. Nous n'étions pas à Madrid, Marseille, Barcelone, ou Milan… Nous étions à Aïda, dans un camps de réfugié, dans une prison à ciel ouvert. Ce jour là, c'est vrai, j'ai eu honte de repartir chez moi, dehors, et de les laisser chez eux, dedans.  

Aujourd'hui, quatre ans après, je me dis, peut-être naïvement, que parmi ces footballeurs qui bientôt porteront le maillot de "la Palestine" en compétition internationale, il y aura au moins un de ces minots. 

Et qui sait, peut-être que ce gosse qui me demandait de casser le mur, fera partie de ces onze ambassadeurs ( sans compter les remplaçants ;-) qui casseront ce mur eux-même, de leurs propres pieds, à chaque rencontre, à chaque voyage, à chaque but. Et, de même, quand des équipes du monde entier viendront jouer dans ce nouveau stade, ce sera, chaque fois, d'une certaine manière, un morceau du mur qui s'effondrera.

Alors oui, je vous le concède, on est là que dans le symbôle. Mais le symbôle fait partie du combat politique. Il n'en est qu'une partie, une petite partie, mais une partie bien visible. Et, il peut même, bien souvent, être un levier considérable. 

Alors, je dis juste : Bravo Monsieur Thuram pour avoir mis votre "aura" au service de ce symbôle, et d'avoir fait votre part, dans ce combat pour la justice et le droit du peuple palestinien à exister, à vivre libre, à voyager, à inviter le monde, à jouer au foot par exemple...

Lillian, tu viens de marquer le troisième but de ta carrière, et quel but !!! d'une frappe surpuissante, tu as transpercé le mur. Le ballon, comme un souffle de liberté, est passé au-dessus du gardien du poste de contrôle militaire, pour finalement se loger en pleine lucarne. Tu peux la refaire une nouvelle fois ta pose à la Malcolm, mais, cette fois steuplé, fais la nous avec un V à la mode Palestinienne. 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

maria-angeles adan 22/05/2011 13:31


Merci pour écouter tout ce que je pensais qui était oublié surtout par les jeunes! Il y a tellement à faire dans ces démocraties. J´habite à Barcelone et ici, on a commencé. J´espère que ça va
continuer!

Une question, vous viendrez prochainement à Barcelone?

maria-angeles


sam 27/04/2011 21:52


putain le foot !

on a beau savoir... le business autour de ça... mais putain, c'est notre jeu à nous....

et oui, thuram, comme toi, je l'aime...

il est de chez nous, de nulle part, de palestine !


Présentation

Recherche

Pages

Liens